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Œil d’Horus et œil de Rê : la différence, et comment les reconnaître

5 novembre 2026

La différence en une phrase : l’œil d’Horus est la lune, un œil blessé puis guéri, qui représente la santé et la protection. L’œil de Rê (ou Râ) est le soleil, et il agit comme une déesse redoutable que le dieu soleil lance contre ses ennemis : Hathor, la lionne Sekhmet, le cobra Ouadjet.

L’œil d’Horus est l’oudjat, l’œil du dieu faucon que son rival Seth a abîmé et qui a retrouvé son intégrité. Les artistes égyptiens dessinaient les deux yeux de la même façon, et certains textes remplacent l’un par l’autre. Sur une amulette, la forme seule tranche donc rarement la question. Un disque solaire, un cobra ou une lionne à côté de l’œil désigne Rê.

L’œil d’Horus guérit, l’œil de Rê attaque

Côte à côte, les deux yeux diffèrent presque en tout, sauf par leur dessin :

  • Propriétaire : Horus, le dieu faucon de la royauté, face à Rê, le dieu soleil
  • Astre : la lune face au soleil
  • Récit : arraché par Seth et guéri par Thot, face à un œil envoyé dans la colère puis rappelé
  • Pouvoir : guérison, intégrité et protection, face au feu, à la chaleur et au châtiment
  • Forme : un œil avec les marques de joue du faucon, face à un disque solaire, un cobra ou une lionne
  • Côté habituel : l’œil gauche, face à l’œil droit, dans les textes tardifs

L’œil de Rê brille sous la forme du disque solaire

Dans les peintures et les reliefs, l’œil de Rê est le plus souvent le disque solaire jaune ou rouge, souvent porté sur la tête d’un dieu. Un ou deux cobras s’enroulent autour. Le signe C2 représente Rê lui-même, assis, avec une tête de faucon sous le disque, et son nom s’écrit avec le disque seul, N5, lu rꜥ, « rê ».

Dans la tombe de Néfertari, dans la vallée des Reines, Rê-Horakhty, le dieu soleil confondu avec Horus de l’horizon, porte ce disque et son cobra sur sa tête de faucon. L’œil d’Horus, lui, garde la forme d’un œil. Le signe oudjat, D10, ajoute les marques de joue du faucon sous un œil et un sourcil humains.

La règle de la gauche et de la droite est un raccourci moderne

Pendentifs et modèles de tatouage s’accompagnent souvent d’une règle : l’œil droit est celui de Rê, le gauche celui d’Horus. Cette règle a une racine ancienne. Certains textes font du soleil l’œil droit et de la lune l’œil gauche de Rê-Horakhty, et les ouvrages de référence décrivent l’œil de Rê comme un oudjat droit le plus souvent, associé à un œil d’Horus gauche.

Les vendeurs ne s’accordent pourtant pas sur le sens de « droit ». Pour les uns, c’est l’œil droit du dieu lui-même, pour les autres, tout œil tourné vers la droite. Les débuts de l’histoire restent eux aussi incertains. Rolf Krauss soutient que l’œil d’Horus a d’abord désigné autre chose que la lune et n’a pris son sens lunaire que plus tard.

Lire le mythe de l’œil arraché d’Horus

L’œil de Rê s’enfuit sous la forme d’une lionne

L’œil de Rê agit souvent de lui-même, comme la fille du dieu soleil. Dans le mythe de la Déesse lointaine, l’œil se querelle avec Rê et quitte l’Égypte. La déesse parcourt les déserts de Nubie, ou selon d’autres versions la Libye ou le pays de Pount, sous la forme d’une lionne furieuse. Un dieu part la ramener. Selon les récits, Thot la convainc par ses paroles et ses histoires, Shou part à la recherche de Tefnout, Onouris à celle de Méhyt.

Dans le récit du départ d’Hathor-Tefnout hors de Nubie, l’œil en colère s’en va sous les traits de Tefnout en lionne. Rê la rappelle, et elle revient sous la forme de la douce Hathor. Son retour était lié à la crue du Nil et au nouvel an, et les temples des époques ptolémaïque et romaine le célébraient. À Médamoud, près de Louxor, le retour de la déesse Raet-Taouy donnait lieu à des beuveries et à des danses.

Le cobra au front du roi est l’œil de Rê

Dans un mythe de création, le créateur envoie son œil chercher ses enfants perdus, Shou et Tefnout. L’œil revient avec eux et découvre qu’un nouvel œil a poussé à sa place. Pour apaiser sa fureur, le créateur le pose sur son front, sous la forme d’un cobra. Les larmes versées dans ce récit deviennent les premiers humains : celles du créateur dans certaines versions, celles de l’œil en colère dans d’autres.

Le cobra du front est l’uræus, en égyptien jꜥrt (iaret), d’un verbe qui signifie « se dresser ». C’était la déesse Ouadjet, qui crachait, croyait-on, du feu sur les ennemis, et les rois la portaient au front. Le signe du cobra dressé, I12, sert de déterminatif pour les déesses et pour l’uræus.

Un uræus en or massif, à tête de lapis-lazuli et aux yeux de granite noir, trouvé par Flinders Petrie en 1920 à la pyramide de Sésostris II à El-Lahoun, est conservé au Musée égyptien du Caire.

Les deux yeux partagent un même mot égyptien

Le mot égyptien pour « œil » est jrt, prononcé « iret ». L’œil simple, D4, l’écrit, et le même signe écrit jrj, « faire ». Pour Geraldine Pinch, la ressemblance des deux mots a pu aider à faire des yeux des dieux des êtres qui agissent par eux-mêmes.

« Œil de Rê » se dit jrt rꜥ : l’œil, puis le nom du dieu soleil avec le disque N5. L’oudjat, D10, écrit un autre mot, wḏꜣt, « l’intacte ». Les textes donnent ce nom aux deux yeux, et Oudjat était aussi un nom de la déesse.

Les indices autour d’un œil désignent son propriétaire

Cherchez d’abord le soleil. Un disque au-dessus ou autour de l’œil, ou un cobra enroulé autour d’un disque, appartient à Rê. Cherchez ensuite un animal. Une tête de lionne ou un cobra dressé à côté de l’œil désigne la déesse œil du soleil.

Un oudjat seul, en perle ou sur le chaton d’une bague, était l’œil protecteur de tous les jours. Certaines amulettes oudjat portent une déesse au revers, ce que John Darnell interprète comme une allusion au lien entre les deux yeux.

Dessinez l’œil que vous avez vu et comparez les réponses pour l’œil simple, D4, et l’oudjat, D10.

Dessiner un œil pour savoir quel signe c’est

Questions

Quelle est la différence entre l’œil d’Horus et l’œil de Rê ?

L’œil d’Horus est la lune, l’œil arraché puis guéri, et il représente la santé et la protection. L’œil de Rê est le soleil, et il agit comme une déesse redoutable, Sekhmet ou Ouadjet par exemple, qui attaque les ennemis du dieu soleil.

L’œil de Rê est-il l’œil droit ou l’œil gauche ?

En général le droit. Certains textes font du soleil l’œil droit et de la lune l’œil gauche du dieu du ciel. Un oudjat droit se lit donc souvent comme l’œil de Rê, et un gauche comme l’œil d’Horus. Les amulettes anciennes regardent pourtant dans les deux sens.

L’œil de Rê est-il une déesse ?

Oui, et bien des déesses pouvaient tenir ce rôle, parmi elles Hathor, Sekhmet, Bastet, Tefnout, Mout et Ouadjet. Les textes font tour à tour de l’œil la mère, la sœur, l’épouse et la fille de Rê.

L’œil qui voit tout, sur le billet d’un dollar, est-il l’œil de Rê ?

L’œil dans un triangle vient de la peinture chrétienne de la fin de la Renaissance, où le triangle représentait la Trinité. Le grand sceau des États-Unis l’a repris en 1782, et les francs-maçons l’emploient depuis 1797.

Un tatouage d’œil d’Horus doit-il regarder à gauche ou à droite ?

Les deux sont conformes à l’usage égyptien, puisqu’on fabriquait des amulettes oudjat tournées dans les deux sens. Un disque solaire ou un cobra ajouté au motif le fait lire comme un œil de Rê.

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