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La confession négative, les 42 dénégations du Livre des morts
5 novembre 2026
La confession négative est la partie du chapitre 125 du Livre des morts où le défunt, debout dans la salle des Deux Vérités, énumère les fautes qu’il n’a pas commises. Chaque dénégation s’adresse à un juge différent : « je n’ai pas volé », « je n’ai pas menti », « je n’ai pas tué d’hommes ». Il y a 42 juges et 42 dénégations.
C’est une formule, écrite sur papyrus et enterrée avec les morts à partir du Nouvel Empire, vers 1550 av. J.-C. Les dénégations étaient faites pour être prononcées dans l’autre monde, devant Osiris.
Deux listes dans la salle des Deux Vérités
Le chapitre 125 contient deux listes de dénégations. Dans la première, le défunt salue le grand dieu de la salle, dit qu’il connaît son nom et ceux des Quarante-Deux qui siègent avec lui, et égrène une série de fautes. Dans la traduction d’E. A. Wallis Budge : « je n’ai laissé personne avoir faim », « je n’ai pas alourdi les poids de la balance », « je n’ai pas ôté le lait de la bouche des enfants ».
La seconde liste est celle qu’on appelle d’ordinaire la confession négative. Le défunt fait face aux 42 juges un à un, appelle chacun par son nom et par le lieu d’où il vient, et nie une faute devant chacun. Les noms sont des épithètes redoutables : Budge rend Ousekh-nemmit par « Celui aux longues enjambées » et Set-qesou par « Briseur d’os ».
On explique d’ordinaire leur nombre par les nomes, les provinces d’Égypte, un juge pour chacun. Budge donnait cette explication, mais tous les juges ne viennent pas d’une province : Néba est « celui qui sort en reculant ». Le nom de « confession négative » est moderne, un titre « quelque peu inexact » dû aux premiers égyptologues, selon les mots de Budge. Les « 42 lois de Maât » qu’on trouve en ligne le sont tout autant. Les fautes sont de vraies valeurs égyptiennes, mais les papyrus ne les numérotent jamais comme des règles pour les vivants.
Le papyrus du Fitzwilliam nomme la demeure de chaque juge
Un papyrus de la Troisième Période intermédiaire conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge, fait pour Inpehoufnakht, donne la liste. Trois de ses dénégations, d’après la traduction du musée : « Ô Grand-Enjambeur, sorti d’Héliopolis, je n’ai pas commis de mensonge. » « Ô Embrasseur-de-Feu, sorti de Khéraha, je n’ai pas volé. » « Ô Dangereux, sorti de Ro-Setaou, je n’ai pas tué d’hommes. »
La version de Budge ajoute : « je n’ai pas pillé les biens du dieu », « je n’ai pas maudit le roi ». Les traductions diffèrent dans les mots, et les copies dans l’attribution des dénégations aux juges.
Huit signes disent « je n’ai pas fait le mal »
Prenez la dénégation « je n’ai pas fait le mal ». En translittération, c’est n jr.j jzft, dit à peu près « en ir-i isfet ». Dans une graphie hiéroglyphique courante, les bras écartés en geste de négation D35 écrivent n, « ne pas ». L’œil D4 écrit jr, « faire ». L’homme assis A1 est le suffixe .j, « je ».
Vient ensuite jzft, « le mal », le contraire de maât : le roseau M17 pour j, le verrou O34 pour z, la vipère à cornes I9 pour f et la miche X1 pour t. Le moineau G37 ferme le mot, muet, comme signe des choses mauvaises et petites. Les copies varient : certaines n’écrivent pas le suffixe, d’autres notent la négation autrement.
Le cœur est pesé contre la plume de Maât
Les dénégations accompagnent la scène la plus célèbre du Livre des morts : le cœur pesé contre la plume de Maât. Dans le papyrus d’Ani, Anubis vérifie la balance, Thot inscrit le verdict, et le monstre Ammit attend de dévorer le cœur qui échoue. Ani réussit, il est dit « juste de voix », et Horus le conduit à Osiris.
Pendant la pesée, Ani s’adresse à son propre cœur avec les mots du chapitre 30B, dans la traduction de Budge « Ne te dresse pas contre moi en témoignage ». La même formule était gravée sur les scarabées de cœur posés sur la momie. Les spécialistes lisent cette association de deux façons : la preuve qu’une vie droite comptait, ou un filet de sécurité pour une vie qui ne l’avait pas été tout à fait.
Le papyrus d’Ani est au British Museum
Le papyrus d’Ani, British Museum EA 10470, a été trouvé dans la tombe d’Ani à Thèbes et date de 1250 av. J.-C. environ, sous la XIXe dynastie. Il forme aujourd’hui 37 feuilles séparées, et les papyrus fragiles retournent en réserve entre deux expositions : vérifiez ce qui est présenté avant d’y aller.
Le chapitre 125 a été copié pendant de longs siècles, sur papyrus et sur bandelettes de momie, si bien que les grandes collections égyptiennes en possèdent souvent une copie. Le papyrus d’Inpehoufnakht au Fitzwilliam en est une.
Cinq dénégations répondent aux Dix Commandements
Plusieurs dénégations disent la même chose qu’un commandement. La traduction de Budge du chapitre 125, face à l’Exode 20 dans la version de Louis Segond :
- « Je n’ai pas tué d’hommes » : « Tu ne tueras point »
- « Je n’ai pas volé » : « Tu ne déroberas point »
- « Je n’ai pas souillé la femme d’un homme » : « Tu ne commettras point d’adultère »
- « Je n’ai pas menti » : « Tu ne porteras point de faux témoignage »
- « Je n’ai pas blasphémé le dieu » : « Tu ne prendras point le nom… en vain »
Les spécialistes divergent sur l’influence égyptienne
Le texte égyptien est plus ancien. Les copies du chapitre 125 remontent à 1550 av. J.-C. environ, et ses idées plus loin encore : plus de 600 ans plus tôt, sous la VIe dynastie, le fonctionnaire Herkhouf avait fait graver sur sa tombe d’Assouan « J’ai donné du pain à l’affamé, des vêtements à celui qui était nu, j’ai fait passer le fleuve à celui qui n’avait pas de barque » (d’après la traduction de James Henry Breasted), des mots dont la fin du chapitre 125 est un écho fidèle.
Les formes diffèrent. Le bibliste David L. Baker trouve des clauses égyptiennes proches par le contenu du troisième et des sixième à dixième commandements, « mais la forme est tout autre ». L’une est la liste des dénégations d’un mort devant 42 juges, l’autre des ordres donnés à un peuple. La liste égyptienne contient des fautes envers les temples, comme le vol d’offrandes. Les commandements ont un dieu unique, l’interdit des images et le sabbat.
Les spécialistes sont partagés sur une influence directe. Raymond Faulkner lisait un « tu ne feras pas » sous-entendu derrière les lignes égyptiennes. John Taylor, du British Museum, voit des dieux qui font respecter une morale ordinaire, à la différence de règles révélées par Dieu. D’autres soulignent une éthique commune au Proche-Orient ancien : Baker relève une formule rituelle babylonienne parallèle aux commandements contre le meurtre, l’adultère et le vol. Ailleurs, la Bible hébraïque a bien puisé en Égypte : la plupart des spécialistes admettent qu’une partie des Proverbes 22–23 dépend de l’Enseignement égyptien d’Aménémopé.
Questions
Pourquoi y a-t-il exactement 42 juges ?
La réponse habituelle est que l’Égypte compta 42 nomes, ou provinces, pendant la plus grande partie de son histoire, et que chaque juge en représente un. La formule elle-même ne le dit pas, et le nombre des nomes a varié avec le temps : c’est l’explication la plus probable, pas une certitude.
Que signifie « juste de voix » après le nom d’un défunt ?
L’expression traduit mꜣꜥ-ḫrw, dit « maâ-khérou », et désigne celui qui a passé le jugement. Les papyrus du Livre des morts l’écrivent d’avance après le nom de leur propriétaire, puisque la formule devait rendre ce résultat certain.
Où lire la confession négative en entier ?
En français, la traduction du Livre des morts par Paul Barguet est la référence classique. En anglais, celle du papyrus d’Ani par Budge, ancienne, est libre de droits, et celles de Raymond Faulkner et de Stephen Quirke (Going Out in Daylight, avec l’égyptien en translittération) sont modernes.
Qu’est-ce que la salle des Deux Vérités ?
La salle du jugement où Osiris siège avec les 42 juges. Son nom égyptien emploie maât sous une forme redoublée, et Budge imaginait deux déesses de la vérité debout à côté d’Osiris. Ce que désignaient ces deux vérités n’est pas certain.
Où le voir
- British Museum, London musée
Sources
- E. A. Wallis Budge, The Book of the Dead (Project Gutenberg), chapter VII: The Judgment of Osiris
- Book of the Dead of Inpehufnakht, Fitzwilliam Museum
- Book of the Dead (Wikipedia, with its references to Taylor, Faulkner and Pinch)
- David L. Baker, Ten Commandments, Two Tablets: The Shape of the Decalogue (Themelios 30.3)
- jzft, Wiktionary (after J. P. Allen, Middle Egyptian)
- Instruction of Amenemope (Wikipedia, with its references)
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