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Les obélisques égyptiens dans le monde et les noms gravés dessus

5 novembre 2026

Une trentaine d’obélisques égyptiens antiques sont encore debout, et la plupart se trouvent hors d’Égypte. Rome en a huit, plus que toute autre ville. D’autres se dressent à Paris, Londres, New York, Istanbul, Florence et dans le jardin d’un manoir du Dorset. Chaque fût porte les noms du roi qui l’a érigé, souvent avec ceux d’un second roi ajoutés à côté.

Les empereurs romains emportèrent les premiers comme trophées. Les autres partirent au XIXe siècle, offerts par les souverains de l’Égypte à la France, à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, ou emportés par des collectionneurs. L’Égypte elle-même en garde quelques-uns debout à leur place d’origine, à Karnak, au temple de Louxor et à Héliopolis.

Tous les obélisques suivent un même plan

Une colonne de signes descend au milieu de chaque face. Elle s’ouvre sur le nom d’Horus du roi, écrit sous le faucon (G5), qui commence très souvent par kꜣ-nḫt, dit « ka-nakht », « taureau puissant », avec le taureau (E1). Viennent ensuite ses cartouches et le dieu qui l’aime, d’ordinaire le dieu soleil d’Héliopolis ou Amon de Thèbes. De petites scènes en haut montrent le roi faisant offrande à ce dieu.

Des rois plus tardifs pouvaient ajouter des colonnes de part et d’autre de l’ancienne. Ramsès II le fit sur des obélisques de Thoutmôsis III, si bien qu’une même face peut porter deux rois à deux siècles d’écart. La colonne du milieu est le texte le plus ancien.

Le cartouche de Thoutmôsis III figure sur quatre d’entre eux

Thoutmôsis III, qui régna jusque vers 1425 av. J.-C., commanda la paire aujourd’hui à Londres et à New York, celui d’Istanbul et le géant du Latran à Rome. Son nom de couronnement est celui à apprendre. Menkhéperrê, mn-ḫpr-rꜥ, « durable est la forme de Rê », s’écrit avec le disque solaire (N5) en haut pour Rê, le damier (Y5) pour mn, l’onde d’eau (N35) qui rappelle son n, et le scarabée (L1) pour ḫpr, « forme, venir à l’existence ».

Son nom de naissance occupe le second cartouche. Thoutmôsis, ḏḥwty-ms, « Thot est né », s’ouvre sur l’ibis sur un pavois (G26) pour le dieu Thot, puis les trois peaux de renard (F31) pour ms, « né », et l’étoffe pliée (S29) pour s. Sur l’obélisque d’Istanbul, son nom d’Horus fait suivre le taureau du soleil qui se lève sur une colline (N28) et du sceptre de Thèbes (R19) : « taureau puissant, apparu dans Thèbes ».

Écrire Menkhéperrê dans un cartouche (en anglais)

Les empereurs romains les emportèrent comme trophées

Auguste apporta les deux premiers à Rome en 10 av. J.-C., tous deux d’Héliopolis. L’obélisque Flaminio, aujourd’hui piazza del Popolo, porte les noms de Séthi Ier sur trois faces et ceux de Ramsès II sur la quatrième. L’obélisque de Montecitorio nomme Psammétique II, un roi de la XXVIe dynastie, et servit d’aiguille au grand cadran solaire d’Auguste. En 357 apr. J.-C., Constance II y ajouta l’obélisque du Latran, taillé à Karnak pour Thoutmôsis III et dressé par son petit-fils Thoutmôsis IV. Avec ses 32 m, c’est le plus haut obélisque égyptien antique encore debout.

De plus petits ornaient les temples d’Isis de Rome. L’obélisque du Panthéon et celui de Dogali, près de la gare Termini, nomment tous deux Ramsès II, et l’obélisque de Boboli, à Florence, lui aussi à son nom, passa de Rome aux Médicis. L’obélisque de la Minerve, sur l’éléphant du Bernin, nomme Apriès et fut dressé à Saïs, dans le Delta. Le nom de couronnement de Ramsès II s’y repère facilement : Ousermaâtrê Sétepenrê, avec la tête de canidé (F12), la déesse Maât (C10) et l’herminette (U21).

Constantinople en voulut un aussi. Constance II fit transporter un second obélisque de Thoutmôsis III de Karnak à Alexandrie, et Théodose Ier en dressa la partie haute dans l’Hippodrome en 390 apr. J.-C. Ses colonnes vantent la traversée de l’Euphrate par le roi.

Voir tous les obélisques de Rome (en anglais)

Certains obélisques de Rome portent des hiéroglyphes romains

Cinq des obélisques antiques de Rome furent faits pour des empereurs, et certains de leurs textes furent écrits à l’époque romaine. L’obélisque Pamphili, sur la fontaine des Quatre-Fleuves du Bernin, piazza Navona, est en granit d’Assouan, inscrit pour Domitien à la fin du Ier siècle apr. J.-C. Ses cartouches épellent les noms de Domitien, de son père Vespasien et de son frère Titus, et il donne à l’empereur un nom d’Horus de pharaon, « taureau puissant ». L’obélisque du Pincio porte les textes d’Hadrien pour son favori Antinoüs.

Ces fûts furent aussi les premiers hiéroglyphes que les Européens tentèrent de lire. Le jésuite Athanasius Kircher publia l’obélisque Pamphili en 1650 comme une philosophie cachée et en combla les lacunes avec des signes de son invention. Le déchiffrement de Champollion montra que les cartouches épellent des noms romains son par son.

Lire l’obélisque Pamphili (en anglais)

Quatre ont quitté l’Égypte comme cadeaux au XIXe siècle

Méhémet-Ali, souverain de l’Égypte, offrit en 1830 à la France les deux obélisques que Ramsès II avait dressés devant le temple de Louxor. Celui de l’ouest fut abaissé en 1831 et dressé place de la Concorde en 1836. Chaque colonne y donne les noms de Ramsès II. Son jumeau se dresse toujours à la porte du temple, et la France y renonça en 1981.

Les deux aiguilles de Cléopâtre formaient une paire de Thoutmôsis III venue d’Héliopolis, avec des colonnes latérales de Ramsès II. Les Romains les transportèrent au Césaréum d’Alexandrie en 13 ou 12 av. J.-C. Méhémet-Ali en offrit une à la Grande-Bretagne en 1819, mais elle n’atteignit le Victoria Embankment qu’en 1878. Le khédive offrit l’autre aux États-Unis en 1877, et elle fut dressée à Central Park en 1881.

L’obélisque de Philae, à Kingston Lacy dans le Dorset, partit avec le collectionneur William John Bankes. Il nomme Ptolémée VIII et les reines Cléopâtre II et III, et une copie de son cartouche de Cléopâtre aida Champollion à confirmer ses lectures en 1822 : le siège (Q3) pour p et le lion (E23) pour l se trouvaient là où les deux noms les demandaient.

Karnak et Louxor gardent des obélisques là où ils furent dressés

À Karnak, deux obélisques sont toujours debout : celui de Thoutmôsis Ier et celui, plus haut, de sa fille Hatchepsout, environ 30 m de granit. Leurs colonnes donnent les titres de chaque souverain et disent pourquoi l’obélisque fut dressé. Au temple de Louxor, l’obélisque oriental de Ramsès II fait face à la porte où se tenait autrefois son jumeau de Paris. Dans le quartier de Matariya au Caire, sur le site d’Héliopolis, l’obélisque de Sésostris Ier, vieux de près de quatre mille ans, se dresse à sa place antique.

Sur n’importe quel obélisque, partez du haut d’une colonne, trouvez le faucon, puis le premier cartouche. Une photo au zoom d’un seul cartouche suffit pour que l’appareil encadre les signes. Les faces usées, comme celles de l’aiguille de New York, se lisent mieux quand on trace les signes sur la photo.

Lire un obélisque avec l’appareil photo

Questions

Pourquoi parle-t-on d’aiguille de Cléopâtre ?

Le nom vient des Français, qui appelaient la paire d’Alexandrie « les aiguilles de Cléopâtre ». Cléopâtre n’y est pour rien : elles furent taillées plus de mille ans avant son règne.

L’obélisque de la place Saint-Pierre porte-t-il des hiéroglyphes ?

Non. C’est un obélisque égyptien sans inscription, apporté d’Alexandrie par Caligula en 40 apr. J.-C. C’est le seul obélisque de Rome qui ne soit jamais tombé depuis l’époque romaine.

Quel est le plus haut obélisque égyptien hors d’Égypte ?

L’obélisque du Latran, à Rome, environ 32 m sans son socle. Il a été un peu raccourci quand on l’a réparé et redressé en 1588.

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Sources

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