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Ramsès ou Ramessès ? Pourquoi les pharaons ont tant de graphies
5 novembre 2026
Ramsès et Ramessès sont le même roi, et aucune graphie n’est fausse. Les hiéroglyphes n’écrivaient que les consonnes : son nom nous parvient sous la forme rꜥ-ms-sw, et chaque forme moderne y ajoute des voyelles par supposition et par habitude. Le français a gardé Ramsès, forme courte héritée de la tradition, quand l’égyptologie anglophone écrit Ramesses, d’après le latin.
Le même écart explique Thoutmôsis et Djéhoutymès, Khéops et Khoufou, Mykérinos et Menkaourê. Une forme de chaque paire est construite à partir des hiéroglyphes selon les règles des égyptologues. L’autre vient des auteurs grecs, qui ont noté ces noms bien des siècles après la mort des rois. Le français, à l’inverse de l’anglais, garde souvent la forme grecque.
Les égyptologues ajoutent les voyelles par convention
Chaque signe d’un nom royal vaut une, deux ou trois consonnes. Pour prononcer le résultat, les égyptologues suivent une convention : un e se glisse entre les consonnes, le vautour ꜣ et l’avant-bras ꜥ se disent a, le roseau i se dit i, et le poussin de caille w se dit ou en français. Le mot nfr, « bon » ou « beau », devient ainsi néfer.
Ces voyelles servent à prononcer les mots, sans prétendre que les Égyptiens les disaient ainsi. Deux spécialistes qui appliquent la règle peuvent encore aboutir à des graphies différentes, les livres anciens suivaient d’autres règles, et chaque langue transcrit à sa manière : un même roi peut ainsi porter quatre ou cinq noms.
Ramsès signifie « Rê l’a mis au monde »
Outre le nom d’Amon et le canal N36 pour mry, son nom de naissance compte quatre signes. Le soleil N5 est le mot rꜥ, le dieu soleil Rê. Les trois peaux de renard F31 écrivent ms, « né ». L’étoffe pliée S29 redit le s, une habitude courante qu’on appelle complément phonétique. Le jonc M23 écrit sw, « lui ». Ensemble, rꜥ-ms-sw : « C’est Rê qui l’a mis au monde. »
Selon la convention, les consonnes donnent Rê-mes-sou. Ramessès et Ramsès suivent plutôt les formes grecques et latines du nom (Ramessès, Ramesses), et la Bible hébraïque le connaissait déjà sous la forme Ramsès, une ville bâtie par les Israélites dans l’Exode (1, 11). Onze rois ont porté ce nom. Les numéros de I à XI sont des étiquettes modernes.
Le reste du cartouche, mry-imn, signifie « aimé d’Amon », dit Méryamon. L’historien juif Flavius Josèphe, citant le prêtre égyptien Manéthon, donne le tout sous la forme Armessès Miamoun.
Thoutmôsis s’écrit de plusieurs façons
Quatre rois de la XVIIIe dynastie partagent le nom de naissance ḏḥwty-ms, « Thot est né », dont Thoutmôsis Ier et Thoutmôsis III. L’ibis sur un pavois G26 écrit le nom du dieu, ḏḥwty. Les peaux de renard F31 et l’étoffe pliée S29 écrivent de nouveau ms.
Lu strictement selon la convention, ḏḥwty-ms donne Djéhoutymès, la forme que donnent certains livres. Thoutmôsis mêle deux traditions : Thot est le nom grec du dieu Djéhouty, et la finale -môsis est grecque, comme dans Ahmôsis. L’anglais écrit Thutmose ou Tuthmosis, et les livres du XIXe siècle imprimaient Thothmès.
Khéops est la forme grecque de Khoufou
Le bâtisseur de la Grande Pyramide écrivait son nom avec quatre signes alphabétiques : le placenta Aa1 pour ḫ, le poussin de caille G43 pour w, la vipère à cornes I9 pour f et de nouveau le poussin de caille. Selon la convention, ḫwfw devient Khoufou, ḫ dit kh et chaque w dit ou. C’est l’abrégé de Khnoum-Khoufou, « Khnoum me protège ».
Hérodote, l’historien grec du Ve siècle av. J.-C., l’appelait Khéops, quelque deux mille ans après son règne. Manéthon, un prêtre égyptien qui écrivit une histoire de l’Égypte en grec au IIIe siècle av. J.-C., le nommait Souphis. Le français dit toujours Khéops, quand l’égyptologie anglophone écrit Khufu.
Mykérinos vient du grec Mykerinos
La troisième pyramide de Gizeh appartient au roi dont le nom de couronnement est mn-kꜣw-rꜥ. Le soleil N5 se place en tête de son cartouche, par respect pour le dieu, mais se lit en dernier. Le plateau de jeu Y5 avec l’ondulation d’eau N35 écrit mn, « durable », et trois paires de bras levés D28 écrivent kꜣw, les kas ou forces vitales. Le nom signifie « Éternels sont les kas de Rê ».
Lu à voix haute, cela donne Menkaourê, qu’on imprime aussi Menkaouré selon la voyelle finale qu’on suppose. Hérodote écrivait Mykerinos, devenu Mykérinos en français et Mycerinus en latin, et Manéthon écrivait Menchérès.
Une recherche demande les deux formes d’un nom
Cherchez sous les deux formes. Les livres du XIXe siècle et beaucoup de traductions d’auteurs grecs et latins emploient les noms grecs : Khéops, Mykérinos, Aménophis pour Amenhotep, Sésostris pour Senousret. Les ouvrages récents et les guides en langue anglaise emploient surtout les formes tirées de l’égyptien.
Pour vos propres écrits, choisissez une forme et tenez-vous-y. En français, Ramsès, Thoutmôsis, Khéops et Mykérinos restent les formes les plus courantes, à côté d’Amenhotep et de Sésostris.
Questions
Comment prononçait-on vraiment Ramsès ?
Le son exact est perdu, mais les écritures étrangères aident. Les lettres cunéiformes retrouvées à Hattousa, la capitale hittite, épellent son nom à peu près Riamessesa, ce qui laisse penser que les voyelles antiques différaient du Rê-mes-sou moderne.
Ozymandias et Ramsès II sont-ils la même personne ?
Oui. Ozymandias est une forme grecque de la première partie de son nom de couronnement, Ousermaâtrê. Le poète anglais Shelley l’a empruntée à l’historien grec Diodore de Sicile pour son poème de 1818.
Qui était Manéthon ?
Un prêtre égyptien du IIIe siècle av. J.-C. qui écrivit en grec une histoire de l’Égypte sous les Ptolémées. Son livre est perdu. Ses listes royales survivent par les citations d’auteurs plus tardifs comme Flavius Josèphe, et son découpage des rois en dynasties sert toujours.
Pourquoi certains livres disent-ils Aménophis au lieu d’Amenhotep ?
Aménophis est la forme grecque de imn-ḥtp, « Amon est satisfait », transmise par les listes de Manéthon. Amenhotep est le même nom lu à partir des hiéroglyphes selon la convention moderne.
Les personnages de l’article
Où le voir
- Giza Pyramids site
- Great Pyramid of Khufu monument
Sources
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