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Les Égyptiens écrivaient-ils les voyelles ?
5 novembre 2026
Non. Les hiéroglyphes n’écrivaient que les consonnes, comme l’hébreu et l’arabe le font encore le plus souvent. Le cœur et la trachée écrit nfr, « bon », et rien dans l’écriture ne dit si l’on prononçait nafar, nefer ou tout autre chose.
Les voyelles qu’on entend dans les visites guidées sont une convention moderne, et les signes présentés comme des « voyelles » dans les tableaux d’alphabet étaient eux aussi des consonnes.
Quatre signes passent pour des voyelles
Les tableaux donnent le vautour (G1) pour a, le roseau (M17) pour i, l’avant-bras (D36) encore pour a et le poussin de caille (G43) pour ou. En égyptien, tous quatre écrivaient des consonnes. À l’époque classique, le vautour notait sans doute un coup de glotte, l’avant-bras très probablement un son du fond de la gorge comme le aïn arabe, le roseau et le poussin quelque chose de proche de y et de w.
Ce sont des consonnes faibles : des sons légers qui ont fini par disparaître de la langue parlée ou glisser vers des voyelles. C’est pourquoi les lecteurs d’aujourd’hui les prennent si facilement pour a, i et ou.
Les égyptologues comblent les vides avec des e
La règle d’école lit ꜣ et ꜥ comme a, i comme i, w comme ou, et place un e partout où il manque une voyelle. Ainsi nfr devient nefer, ꜥnḫ devient ânkh et snfrw devient Snéfrou. Quelques mots gardent une forme consacrée, comme ḥtp, dit hotep.
Aucun Égyptien n’a jamais parlé ainsi. Du Caire à Berlin, les spécialistes s’en servent pour prononcer un mot et se faire comprendre, même si chaque pays garde ses petites habitudes : là où l’anglais écrit Sneferu, le français écrit Snéfrou.
Les consonnes portaient le sens
Pour qui parlait la langue, les consonnes portent l’essentiel du sens. L’égyptien, comme l’arabe et l’hébreu, construit ses mots sur une racine de consonnes, et les voyelles changent à l’intérieur selon la grammaire : les trois mêmes lettres peuvent donner un nom, un verbe ou un adjectif. Le lecteur rétablissait les voyelles d’après la phrase, comme on lit sans peine « bjr » ou « stp » dans un SMS.
Les déterminatifs levaient les dernières ambiguïtés. Deux mots aux mêmes consonnes pouvaient finir par des signes muets différents, des jambes qui marchent pour un verbe de mouvement, un rouleau de papyrus pour une idée, et l’œil les distinguait aussitôt.
Les vraies voyelles survivent ailleurs
Le copte, dernier état de la langue, s’écrivait dès les premiers siècles de notre ère en lettres grecques, et l’alphabet grec note les voyelles. Le mot nṯr, « dieu », y devient noute, et rmṯ, « homme », rōme. Le copte a plus de mille ans de moins que les textes hiéroglyphiques classiques : ses voyelles sont celles d’un égyptien tardif, mais elles guident encore les hypothèses modernes.
Les scribes étrangers notaient aussi les voyelles. Dans les lettres d’Amarna, des tablettes d’argile en cunéiforme babylonien du XIVe siècle av. J.-C., le nom de couronnement d’Amenhotep III, Nebmaâtrê, s’écrit Nimmureya.
Les auteurs grecs ont donné aux noms une forme grecque. Chez Hérodote, Khoufou devient Khéops, le nom que le français a gardé, et Amenhotep devient Aménophis.
Les scribes notaient les voyelles des noms grecs
Pour les noms grecs, les scribes égyptiens notaient bel et bien les voyelles, avec les mêmes signes faibles. Le cartouche de Cléopâtre aligne q, l, i, w, p, ꜣ, d, r, ꜣ, t : face au grec Kleopatra, le roseau tient lieu de e, le poussin de caille (le lasso, wꜣ, sur certaines copies) de o, et le vautour des deux a. Un œuf ferme le nom, le signe muet qui termine les noms de reines et de déesses.
Des siècles plus tôt, les scribes du Nouvel Empire écrivaient les mots et les noms étrangers avec des groupes de signes particuliers, ce qu’on appelle l’écriture syllabique ou écriture de groupe. La part de voyelles que ces groupes transmettent reste discutée.
Chaque graphie devine les voyelles
Ramsès, Ramessès et Rhamsès sont un seul et même nom, rꜥ-ms-sw. Toutânkhamon s’écrit aussi Toutankhamon, et l’anglais en fait Tutankhamun. Chaque graphie place des voyelles devinées autour de consonnes fixes, et chacune a sa tradition derrière elle.
Pour écrire votre propre nom dans un cartouche, vous pouvez faire comme les scribes ptolémaïques et noter les voyelles avec les signes faibles, ou les laisser de côté comme les Égyptiens le faisaient pour leurs propres mots.
Questions
Saura-t-on un jour exactement comment sonnait l’égyptien ?
Seulement à peu près. Les graphies coptes, cunéiformes et grecques donnent les voyelles de certaines époques, et les sons ont changé pendant plus de trois mille ans d’écriture.
D’autres écritures anciennes omettent-elles les voyelles ?
Oui. Le phénicien n’écrivait que les consonnes, et l’hébreu et l’araméen anciens ne notaient que certaines voyelles, avec des consonnes d’appoint. L’hébreu et l’arabe laissent encore la plupart des voyelles hors du texte courant et ne les ajoutent guère que dans les livres religieux, la poésie et les manuels.
Comment prononcer le son égyptien ꜥ ?
On y voit d’ordinaire un son sonore serré au fond de la gorge, le même que le aïn arabe. Le français n’a rien de tel, et la plupart des gens disent simplement a.
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Sources
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